Vive la Rosière

Vive la rosière !

 

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Mesdemoiselles Colette CHARRESSON - Mauricette HUGUET - Odette BRULERE
Rosière et Demoiselles d’Honneur « 1952 »

 

Lorsque le citadin, habitué à la vie trépidante et un peu folle des grandes agglomérations, arrive dans notre bourgade, un léger sourire de plaisir (souvent !), d’étonnement (quelquefois !), de supériorité désagréable (rarement… !), se dessine sur son visage en empruntant les rues de notre village, une question souvent revient : « Pour les vacances, c’est bien… pour la chasse, parfait !!, mais comment pouvez-vous vivre dans un endroit aussi calme toute l’année ? »

Ils ne savent pas, les « ignorants » que Pierrefitte, tout calme qu’il soit, a vu 68 têtes couronnées défiler dans ses rues. Si, au hasard d’une conversation avec une Pierrefittoise d’origine, vous échangez quelques propos sur la vie du village autrefois, vous décèlerez certainement un brin de nostalgie dans sa voix et dans son regard, car vous aurez, à coup sûr, l’honneur de parler à l’une des 68 rosières ou l’une des 136 Demoiselles d’Honneurs du lieu.

Chacune se souvient des jours d’élections, des défilés, de la joie d’être choisie, mais aussi du dépit d’être oubliée…

Origine de l’élection

En 1898, Monsieur Charles JODIER, propriétaire demeurant à Pierrefitte, mourait. Par testament, il laissait une somme importante que la commune devait employer aux œuvres suivantes :

1- Institution d’une rosière
2- Distribution de prix aux élèves des 4 écoles laïques de la commune.
3- Somme à remettre à un ou deux Pères de famille ayant le plus d’enfants et les élevant le mieux dans le travail et la probité.
4- Remise de médailles aux Instituteurs et Institutrices laïques de la Commune.

Après quelques années de discussion, 1903 voyait enfin l’élection de la première rosière.

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Préparation des Jeux - Fête de la Rosière

« L’ECHO DE PIERREFITE », journal paroissial, dans son numéro de septembre, présente bien cette nouvelle fête :

« Le jour de l’assomption, dans l’après midi, tout le pays était en liesse pour une fête nouvelle à Pierrefitte : le couronnement d’une ROSIERE.
C’était l’exécution d’un legs charitable fait, il y a quelques années, par Monsieur Charles JODIER.

L’élection s’est faite à deux degrés : d’abord au suffrage universel des femmes mariées ou veuves de la paroisse, ensuite au choix fait par le Conseil Municipal et le Bureau de Bienfaisance, de l’un des cinq noms les plus favorisés. L’heureuse élue a été Mademoiselle Marthe Marie BONIN.

Des jeux divers, une retraite aux flambeaux, un joli feu d’artifice, dûs à la générosité de Monsieur le Maire (M. LACROIX), ont clôturé cette petite fête locale où tout le monde semblait heureux."

L’élection

Dans son testament, Monsieur JODIER en donnait les modalités :

« La Rosière sera élue par les membres du Conseil Municipal et du Bureau de Bienfaisance réunis pour la circonstance et spécialement, au scrutin secret, sur la présentation de trois jeunes filles âgées de 18 à 25 ans, dignes de concourir à cet avantage, tant par sa bonne conduite que par son travail assidu et l’affection de ses parents si elle en possède ».

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De 1903 à 1970, la fête de la Rosière a animé annuellement PIERREFITTE. Certaines années, avec faste. D’autres, de façon beaucoup plus modeste. La conjoncture de l’époque (les périodes de guerre notamment) imposait souvent des restrictions dans les dépenses prévues pour la fête.

La célébration de la fête est fixée au 15 août. .L’ECHO DE PIERREFITTE raconte celle de 1904 :

« La fête a été relevée par une brillante cavalcade due à l’initiative de jeunes gens de Pierrefitte. Cette cavalcade représentait une « apothéose de Jeanne d’Arc ». Elle avait attiré dans notre petit pays une foule de gens des paroisses voisines.

Il n’y eu qu’une voix pour admirer la dignité et la bonne grâce de notre jeunesse pierrefittoise sous les riches costumes de la vieille France… ».

De 1914 à 1918, la Rosière est toujours élue, mais les circonstances empêchent les festivités.

Même en 1919, année de libération, la Rosière, Mademoiselle Jeanne HENRI, n’aura pas sa fête car « les prix de toutes choses ont triplé et même quadruplé, la fête que l’on pourrait célébrer cette année endetterait la commune, ce qu’il (le maire) ne veut pas faire… ».

En 1920, pour le sacre de Mademoiselle THION Hélène, Monsieur BALLAND propose d’organiser, à l’occasion du couronnement, une petite fête locale qui permettrait en même temps de passer la revue de la subdivision des Sapeurs-Pompiers et de remettre à cinq d’entre eux la Médaille d’Honneur. Il demande, en outre, que cette revue soit passée sur la place de l’église.

Il est décidé, alors, d’élire à tour de rôle une fille de la campagne et une file du bourg.

Mademoiselle Jeanne BROSSAMAIN inaugurera, en 1921, une nouvelle époque, car le Maire (M. DEZELLU) propose de réunir la fête de la Rosière au 14 juillet, ce qui donnera à cette dernière fête un éclat qu’elle n’aurait jamais cessé d’avoir. Cette façon de procéder réalisera quelques économies.

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Depuis cette date, le programme de la fête ne variera pas, si ce n’est naturellement, de 1940 à 1944. Pendant ces années de conflit, la cérémonie était célébrée avec simplicité :

« Après quelques paroles de félicitations adressées aux jeunes filles vertueuses et travailleuses, Monsieur le Maire couronna la Rosière en lui donnant l’accolade aux applaudissements de l’assistance. Puis, on arrosa quand même d’un vin d’honneur ce couronnement et les jeunes filles reçurent chacune la part qui leur revenait du legs JODIER ».

ROBIN Jeanne (1940) - CHESNEAU Gabrielle (1941) - HERPIN Andrée (1942) - PETIT Andrée (1943) - GARNIER Isabelle (1944) furent les Rosières de cette malheureuse période.

Il sera possible, enfin, avec Jeannine PETIT, de refaire la fête.

http://www.pierrefitte-sur-sauldre.fr/img/rosiere5.jpgCourant juin, toutes les jeunes filles guettaient l’arrivée du garde-champêtre. Quelle joie quand, un jour de juin 1945, Louis COQUIS vint trouver au Chêne Melle PETIT Jeannine :

« Mademoiselle,
J’ai le plaisir de vous faire connaître que le Conseil Municipal et les Membres du Bureau d’Aide Sociale vous ont désignée comme ROSIERE en 1945.
En vous adressant mes bien vives félicitations, je vous serais obligé de me faire connaître si vous acceptez gaiement la distinction flatteuse dont vous êtes l’objet ».

 

 

 

Rares étaient les refus !

Tous les familiers de la Rosière se mobilisaient alors pour confectionner la robe blanche du couronnement (des robes roses pour les Demoiselles d’Honneur !).

Le couronnement - La Fête du 14 Juillet

Les affiches de l’époque établissent le déroulement des festivités. Peu de changement au fil des années, un jeu remplace l’autre, la course cycliste change d’itinéraire mais, de 1920 à 1971, ce sera pratiquement les mêmes cérémonies :

A 15 heures, le Maire recevait la Rosière dans une mairie décorée et fleurie. Discours, embrassades, une larme d’émotion et voilà la couronne blanche sur la tête de l’heureuse élue qui, pour remercier l’assistance, y allait de son petit compliment. Si l’inspiration manquait, on allait voir, quelquefois, l’institutrice pour un petit coup de plume.

Le cortège se formait. Musique en tête, le Maire promenait Mademoiselle la Rosière dans les rues du bourg. Les Adjoints n’étaient pas en reste car les Demoiselles d’Honneur suivaient au bras de chacun d’eux.

Après un moment de recueillement sur la tombe du Bienfaiteur, les jeux commençaient (voir affiche).

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Le soir, on se retrouvait dans l’un des restaurants du bourg pour le traditionnel banquet :

En 1922 :

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  • Bœuf bouilli
  • Ragoût ou blanquette
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  • 1 litre de vin par personne

Prix : 8,50 frs

 

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M. FARDEAU pendant son allocution.

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Mlle MICHOUX au bras de M. COURPOTIN.

Puis tout le monde se retrouvait au bal, ouvert traditionnellement par le Maire et la Rosière. Selon le Maire, le scénario changeait : le Docteur BALLAND s’éclipsait après la première danse, ne sachant pas danser. Monsieur COURPOTIN organisait une quête pour les vieux de la Commune.

La fin de la fête

En 1971, le Maire, Monsieur GUERIN, informe le Conseil que les filles remplissant les conditions pour être Rosière et Demoiselles d’Honneur ont été avisées par écrit et qu’une seule jeune fille a posé sa candidature. Il invite alors le Conseil à surseoir à cette élection et reporte la somme allouée à la Rosière à une année ultérieure. Il regrette de ne pouvoir maintenir le traditionnel couronnement.

Deux Rosiers (Pères méritants) sont tout de même choisis : Monsieur PAQUET Gaëtan et Monsieur POIGET Simon.

En 1972, faute de candidate à l’élection, les membres du Conseil se voient contraints de ne pas procéder à l’élection, ni à celle des pères de famille nombreuse. Ainsi, s’éteignait une tradition qui avait pris naissance avec le siècle. Beaucoup la regrette car elle donnait l’occasion à la population de se retrouver.

 

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